"Alors, ça marche ?"
- Anousha
- 24 janv. 2023
- 4 min de lecture
La question qui tue
Dès nos premières semaines d’ouverture, on nous a posé cette question “Alors, ça marche ?” (ou autres équivalents du type : “vous avez du monde ?”). Après trois mois et demi, nous sommes habituées à l’entendre plusieurs fois par semaine, de la part de notre clientèle, partenaires, proches. Comment répondre à cette question après si peu de temps et de façon concise ? La réponse tient en bien plus qu’un simple “oui” ou “non”.
J’avais envie de parler de ce sujet épineux, celui d’une entreprise “qui marche bien”. La notion de “bien marcher” va dépendre de tellement de critères, propres à chaque entreprise mais aussi à chaque entrepreneur et entrepreneuse.
Une histoire de choix
En choisissant le quartier Blanqui, nous avons fait un pari : celui de nous installer dans un lieu avec très peu de commerces, et donc peu de passage. Nous savons que certaines personnes n’ont pas compris ce choix. Pour nous, lorsque nous avons visité ce local en janvier 2022 (déjà !), c’est rapidement devenu une évidence. Notre concept ne prend son sens que dans un quartier à l’ambiance villageoise, où on apprend à connaître nos client.es au fil des semaines, où on fait partie de leurs habitudes. Qui dit quartier moins passant, dit boutique moins fréquentée, mais aussi charges et loyers moins élevés : très concrètement, nous n’avions pas les moyens de nous installer plus au centre. Et ça nous convenait !
OK c’est bien joli tout ça mais donc, ça marche ??
Après moins de quatre mois d’ouverture de la nouvelle boutique rue Blanqui, nous ne pouvons pas tirer de conclusion dans un sens ou dans l’autre. Mais je veux quand même apporter quelques éléments de réponse et vous donner une idée de nos enjeux au quotidien.
Avant de pouvoir ouvrir notre boutique, nous sommes passées par les fameuses étapes que certain.es d’entre vous vont bien reconnaître… notamment l’établissement d’un prévisionnel financier. Pour vous faire un grossier résumé, avec notre comptable, nous avons évalué nos dépenses et nos revenus, pour voir si le projet tenait la route. Nous avons ainsi fixé des objectifs de chiffre d'affaires en fonction de toutes nos dépenses, charges, frais… Spoiler alert : la réalité ne ressemble pas au prévisionnel, et tout le monde le sait !
Les montagnes russes
La réalité, la voilà : chaque semaine, ce sont les montagnes russes. Depuis octobre, aucune journée ne se ressemble et aucune tendance ne se dessine. A vrai dire, à chaque fois qu’on a cru tenir un semblant de routine, la journée suivante a prouvé le contraire.
Au niveau de notre offre de traiteur du quotidien, nos plats peuvent être épuisés un jour à 12h30, et nous rester sur les bras le lendemain. Certaines journées se terminent avec très peu de ventes, et d’autres avec un chiffre d’affaires trois fois plus gros que celui de la veille ou du lendemain.
Au niveau de notre offre de traiteur événementiel, les demandes arrivent régulièrement, mais nous pouvons envoyer 7 devis en une journée, puis aucun pendant plusieurs jours. Certaines dates nous sont demandées par 10 client-es, et d’autres par aucun-e. Un quart de nos devis restent sans réponse, mais la moitié est acceptée.
La seule règle, c’est qu’il n’y en a pas !
Et vos salaires ?
On nous demande également parfois si nous dégageons nos deux salaires. Là, la réponse est facile : non ! Voilà.
Tenir le coup
Vos commerces et prestataires ne vous parleront pas de leurs échecs, de leurs mauvaises journées, de leurs doutes, de leurs remises en question. En public, et notamment sur les réseaux, vous ne verrez que leurs réussites, leurs meilleures périodes, leurs “sold out”, leurs joies et leurs sourires. Et je trouve ça dommage, au fond.
Derrière votre commerce indépendant, il y a des êtres humains avec des convictions, des rêves et des envies. Mais plus concrètement, avec des charges à payer.
Les journées où nos plats ne partent pas sont difficiles. Il faut accepter que les débuts soient aléatoires, et se demander combien de temps ça va durer. Il faut persévérer le temps de se faire connaître, le temps de créer des habitudes chez notre clientèle, le temps d’agrandir la clientèle. Il faut aussi savoir à quel moment changer quelque chose (et quoi ?). Il faut relativiser, être patientes. Il faut tenir le coup.
Trouver sa place
A l’inverse, les journées où nous voyons beaucoup de monde, tout notre travail prend son sens.
Depuis l’ouverture de notre boutique, toute notre clientèle nous félicite et nous remercie. On nous répète combien le quartier avait besoin d’un commerce comme le nôtre. 95% de notre clientèle, ce sont déjà des habitué.es ! Des personnes qui reviennent chaque semaine, plusieurs fois par mois, ou juste ponctuellement : mais en tout cas, ce sont en grande majorité des visages qu’on reconnaît, des personnes qu’on se réjouit de revoir, pour certaines même, avec qui on papote et on rigole, ou bien des gens discrets mais tout aussi fidèles.
J’espère que ces personnes liront ces mots et sauront combien elles sont importantes pour nous ! Vous nous prouvez que notre concept tient la route, et que nous sommes là pour une (bonne) raison.
Et donc… heu… ça marche ?
J’ai envie de vous dire que oui. Oui, ça marche, car nous sommes sûres de ce que nous proposons, et nous sommes déterminées et pleines de ressources : si quelque chose ne fonctionne pas ou ne fonctionne plus, nous rebondirons.
Mais j’ai aussi envie de vous dire que je ne sais pas. Je ne sais pas de quoi l’avenir est fait, je ne sais pas combien de temps nous aurons envie de tenir, je ne sais pas non plus si le contexte plus large nous le permettra. Mais peu importe, car pour le moment, ce premier trimestre nous a déjà énormément appris, et nous continuerons d’évoluer avec vous et pour vous, aussi longtemps que possible.

Olanjali
Restauration événementielle
et plats à emporter
à Tours (37)
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